Bio

Gagner sa vie en jouant du violon depuis presque quarante ans est encore plus réjouissant qu’il n’y paraît. Chaque jour, le violon, pendu au mur, lance comme un appel. Son reflet mordoré est une promesse d’aventure qui grandit au fil des années.

C’est à 17 ans que David Greely commence le violon, après avoir entendu Richard Greene jouer amplifié avec une pédale wa-wa dans un concert au Warehouse de la Nouvelle-Orléans, pour l’ouverture du Black Sabbath par Seatrain. Le lendemain, dans un dépôt-vente de Bâton-Rouge, à deux ou trois blocs de là où il avait vu le jour, il achète un violon en contre-plaqué japonais et deux archets neufs à 35 dollars pièce.

L’archet colophané, le violon accordé ouvert en sol, il trouve comment jouer une version approximative de « Sally Goodin » qu’il avait entendue la veille, et s’essaye à deux ou trois autres morceaux avant le dîner. C’était l’instrument le plus facile à jouer qu’il avait jamais essayé. David passe de « Iron Man » à « Sally Goodin » en moins de 24 heures.

Le violon l’attire chaque jour davantage, les nouvelles sonorités obtenues en tirant sur son archet, les notes qui se plient et glissent tellement plus aisément que sur une guitare ou un harmonica. Même limité à des morceaux en sol (ce n’est qu’un an plus tard qu’il apprend l’accordage standard) les fascinantes possibilités sont sans fin. Sa mère ne partage pas son enthousiasme, elle lui interdit de jouer du violon ailleurs que dans sa chambre ou dans le jardin. Pourtant elle semble heureuse de voir que David affectionne le même instrument que son grand-père cajun, Eddie Thériot.

Une nouvelle relation se développe grâce au violon entre David et son père. Roscoe Greely avait grandi à la prison d’Angola, où Ambrose, son père, était gardien dans les années 30. Roscoe avait vécu au contact prisonniers pendant ses premières années, parlant avec eux, pêchant avec eux, et les entendant chanter des chansons de travail, des blues et du gospel, ce qui lui avait inculqué un goût marqué en musique. De tout temps, David avait entendu la voix puissante de baryton de son père chantant superbement du Country, du Blues et du Gospel.

Roscoe s’aperçoit vite que David peut chanter lui aussi, et lui demande vers ses 3 ans de chanter chaque fois qu’il y a du monde à la maison. C’est en général « Sixteen Tons » qu’il interprète de bout en bout en claquant les doigts pour marquer le rythme. Plus tard, David devient ténor dans un quartet de gospel qui se produit dans de surprenantes petites églises de la paroisse Livingston, jusqu’à ce que sa voix mue trop pour rester ténor.

Quelques semaines après avoir découvert le violon, David est invité à rejoindre Cornbread, son premier groupe et commence à intéresser les jolies filles. Tout, dès lors, est pour le mieux. Cornbread tourne entre le Colorado et la Nouvelle-Orléans, en jouant de la musique Bluegrass et du Western Swing.

Au lieu de puiser son inspiration dans la musique de Ozzy Osbourne, David la cherche chez les anciens. Il passe du folk-rock au folk, sa passion pour l’histoire le pousse à approfondirsa connaissance de l’époque où la musique était la seule distraction dans une vie de labeur. Il ressent le même sentiment de plénitude qu’il a observé sur le visage de ces vieux musiciens quand ils jouent ces vieux airs, et, à l’âge de 19 ans, il réalise qu’il veut être comme eux, la dureté du travail en moins.

Un samedi de novembre de la fin des années 80, David se rend à la jam session hebdomadaire Savoy Music Center à Eunice. Là il rencontre et accompagne un joueur de violon presque centenaire qui se nomme Dennis McGee, et un teenager joueur d’accordéon qui s’appelle Steve Riley. Bientôt, David et Steve créent un groupe qui devient connu sous le nom de Steve Riley and the Mamou Playboys. Pendant plus de vingt ans, ils tournent dans le monde entier, composent des chansons, jouent celles trouvées dans des archives, enregistrent des disques, et sont nominés pour trois Grammy Awards.

Pour ne pas perdre de vue les racines de cette musique et son public naturel, ils jouent tout autant à l’extérieur qu’en pays cajun. Ils passent ainsi la moitié de l’année dans des salles de danse de Louisiane, où le public les reconnaît pour leur capacité à faire danser. Le reste du temps, ils le passent sur les routes, jouant dans des festivals et des salles de concert.

Aujourd’hui, presque vingt ans après son apprentissage avec Dewey Balfa, et après avoir approfondi aussi sa connaissance de la musique cajun de ses ancêtres, David est plus fasciné que jamais.

C’est dans la musique cajun qu’il se sent le plus chez lui. « Je trouve que je suis plus ému par des mélodies cajun que par toute autre forme de musique. C’est un mélange de timbres anciens, noirs, blancs et ruraux. C’est enraciné dans la langue française, donc le rythme a tendance à swinguer. Je trouve dans cette musique tout ce dont j’ai besoin pour m’exprimer musicalement. »

Le violon favori de David a été fabriqué par Thomas G. Sparks en 2004. En 2008, il a trouvé un grand violon d’Europe de l’Est avec une fausse étiquette et une voix tonitruante qu’il nomme « l’ours ».

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